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Parution décembre 2013 :
livre de C.Touzet aux éditions la Machotte
- Editions la Machotte
- ISBN : 978-2-919411-02-3
- 166 pages
- Prix public : 22,00 € (Acheter)
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7. Les criminels sont-ils responsables ? (du livre Hypnose, sommeil, placebo ?", C. Touzet, 2013)


L'une des questions classiques que se posent les personnes qui viennent de découvrir qu'il n'y a pas de libre-arbitre est relative à la responsabilité des criminels. En effet, si les criminels n'ont pas de libre-arbitre, alors ils n'ont pas choisi de malfaire et donc de quel « droit » les condamnons-nous ? En poursuivant cette logique, alors il nous faut ouvrir les prisons et laisser tout le monde sortir. Est-ce vraiment cela qu'il faut déduire de l'absence de libre-arbitre ?

Faut-il vider les prisons ?

Pas tout à fait ! En effet, les délinquants et autres malfaiteurs sont des fauteurs de troubles, qui transgressent les lois que la société s'est données. Ce faisant, ils empêchent le bon fonctionnement de celle-ci. La Justice ayant été instituée pour garantir la paix sociale, la prison devient logique puisqu'elle permet de retirer le « responsable » de la société pendant une durée proportionnelle aux dégâts qu'il a causés.

Que faire avec des « irresponsables » ?

Certains criminels sont jugés irresponsables et envoyés en asile psychiatrique – qui n'est jamais qu'une prison avec un personnel médical plus important. Si nous n'avons pas de libre-arbitre, alors devons-nous considérer tous les criminels comme des « irresponsables » ? Pourquoi pas ! En effet, le corollaire d'un asile psychiatrique est que les prisonniers sont des patients, c'est-à-dire des malades. Certaines maladies mentales sont aujourd'hui encore incurables, mais pas toutes heureusement (cf. chapitre suivant). Il est donc prévu d'apporter des soins à ces patients/prisonniers afin de changer leur condition, voire de les guérir.

Pourquoi la récidive ?

Les statistiques montrent 70% de récidive, ce qui n'a rien de rassurant, sauf pour les délinquants sexuels en France (1.4%) – mais notre ministère de la Justice a une façon très personnelle de faire les comptes1. Certains pensent même que les 30% qui manquent pour une récidive totale (100%), sont seulement ceux qui ont eu la chance de ne pas se faire attraper à nouveau... Notre propos se veut plus constructif : si nous n'avons pas de libre-arbitre, alors nous comprenons pourquoi la prison dans sa version « frigo » garantit la récidive. En prison, les pensionnaires expérimentent routine et absence de nouveauté. Cela garantit l'étanchéité de la prison – mais cela garantit aussi que le cerveau des prisonniers n'a guère de nouveautés « à se mettre sous la dent ». N'ayant rien eu à apprendre, il n'a pas évolué. Confronté aux mêmes problèmes qu'avant après sa sortie, l'ex-prisonnier ne trouve comme réponse que celle qui l'a déjà envoyé en prison.

Peut-on « guérir » des criminels ?

La solution est donc évidente, la prison doit offrir des opportunités pour changer la façon de penser de ses pensionnaires – par définition mauvaise puisqu'ils sont là. La prison doit donc éduquer, instruire, et non pas « conserver en l'état » les individus. N'ayant pas de libre-arbitre, ils ne pourront pas faire autrement que d'apprendre et évoluer, dès lors qu'on leurs fournira les stimuli nécessaires. Regarder la télévision à deux ou quatre par cellule n'est pas suffisant – c'est déjà ce qu'ils faisaient avant d'arriver. A moins de pouvoir changer le contenu des programmes (ch. 9), il faut arrêter la télévision et développer les compétences cognitives des pensionnaires, afin que les cerveaux qui sortent ne soient pas les mêmes que ceux qui y étaient entrés.

Comment améliorer les choses ?

J'ai écrit au Garde des Sceaux en lui proposant d'introduire la stimulation cognitive dans les prisons – gracieusement (une action caritative de la société que j'avais cofondée – Mind Autonomy Research – à l'origine de memo-Technik, un logiciel d'entraînement de la mémoire et de l'attention). Réponse de son Cabinet : nous prenons l'avis du Ministère de la Santé. C'était en 2010...

Conclusion

La croyance dans le libre-arbitre nous permettait de penser que la « peine de prison » pouvait avoir un rôle éducatif suffisant pour remettre les prisonniers dans le droit chemin. La réalité est tout autre, comme le montrent les chiffres de la récidive, lesquels s'expliquent parfaitement dès lors que l'on admet l'absence de libre-arbitre. De ce fait, nous sommes obligés de repenser la notion de responsabilité. Il ne s'agit pas d'absoudre les fauteurs de troubles, mais de faire porter la responsabilité de la récidive sur les institutions pénitentiaires de type « frigo ». Il est plus que temps que la prison devienne l'occasion de développer ses compétences, de changer ses schémas de pensée – pour le meilleur et non le pire !

Dans le même ordre d'idées, nous sommes en droit de nous demander ce qui conduit une proportion non négligeable d'entre nous2 à se mettre « hors la loi ». Comme nous le verrons dans le chapitre 9, la responsabilité des médias ne peut plus être écartée.

1La façon dont l'Administration française mesure la récidive est typiquement « gauloise », similaire à celle qui veut que le nuage radioactif de Tchernobyl se soit arrêté à nos frontières. Officiellement, le taux de récidive des cimes sexuels est de 1.4% – sauf qu'il ne tient compte QUE de ceux qui ont été à nouveau condamnés pour crimes sexuels dans les 3 ans ! Les statistiques du Canada et de la Suisse font pour leur part état d'une récidive de 40% – mais comptent sur 15 ans et incluent les délits sexuels non condamnés. La récidive s'arrête-t-elle vraiment à nos frontières ?

2Au 1er janvier 2013, 251 998 personnes sont prises en charge par l'administration pénitentiaire française (0,7% des 20-65 ans).


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