Accueil

Parution décembre 2013 :
livre de C.Touzet aux éditions la Machotte
- Editions la Machotte
- ISBN : 978-2-919411-02-3
- 166 pages
- Prix public : 22,00 € (Acheter)
- Ressources complémentaires

Envoyez vos questions à :
Touzet (at) sciences-cognitives.org

Touzet

Mentions légales

   .   

<<< chapitre précédent

chapitre suivant >>>

V. Réponses à nos questions légitimes (du livre Hypnose, sommeil, placebo ?", C. Touzet, 2013)


Qui sommes-nous ?

Nous sommes une mémoire de notre environnement. Nous participons à assurer localement une continuité des événements qui doivent – à cause de nous – se réaliser en tenant compte d'événements appartenant à un passé lointain (avant même notre naissance). Nous sommes donc un facteur de stabilité local dans un univers très largement indéterminé. Cette continuité est assurée par un dispositif physique (le corps), elle a donc des limites physiques en termes de distance d'interactions (pas plus loin que ce que l'on peut effectivement mesurer), de domaines d'interactions (seulement ce que nous pouvons mesurer, c'est-à-dire quelques longueurs d'ondes dans le domaine visuel par exemple).

Pourquoi existons-nous ?

La Vie est un « effet de bord », rien n'est voulu – c'est permis par les « lois » de cet univers alors ça arrive. L'image d'une évolution qui conduit à sa réalisation ultime – l'Homme, est complètement fausse. L'Homme n'est qu'une espèce parmi tant d'autres. Si l'on mesure la réussite d'une espèce à partir du nombre de ses représentants, ou du poids de tous les membres de l'espèce, ou de son ancienneté sans évolution (ce qui prouve qu'elle est parfaitement adaptée à sa niche écologique), alors l'Homme perd à chaque fois.

Le langage, notre joker ?

Evidemment, le critère habituellement retenu est celui du niveau de conscience, dont j'ai montré la correspondance avec les capacités de langage. Le langage s'acquiert automatiquement dès lors que la taille du cortex le permet et que l'éducation est proposée (avant sept ans). A ce propos, il semble bien aujourd'hui que toutes les langues dérivent de la même langue première (le « proto-global », il y a environ 20 000 ans1), et aussi que l'arbitraire du signe est un mythe – ce qui signifie que les sons émis sont reliés aux sens véhiculés par les mots2. Bref, il y a de moins en moins de place pour la génération spontanée, et l'arbitraire vis-à-vis du langage (et donc de la conscience). Ceci ne nous étonnera pas, puisqu'il n'y a pas de libre-arbitre !

Comment devenir immortels ?

Sachant que nous n'avons pas de libre-arbitre, ni de conscience, alors il devient tout à fait possible de recueillir la totalité de notre cognition sur un autre support que celui de nos neurones, nos capteurs et nos effecteurs – a priori un support plus facilement réparable ou moins fragile. La TnC ouvre la voie à une cognition efficace d'une cristallisation de souvenirs. Pour peu que ces « souvenirs » soient ceux d'un individu, alors celui-ci (sa pensée) devient immortel.

Pourquoi devenir immortel ?

Des hommes se sont battus une vie entière pour parvenir à faire don à la postérité d'un peu de leur être, que ce soit par le biais de souvenirs chez autrui, de livres, d’œuvres artistiques ou autres. C'est peu et pourtant nous considérons ceux-là comme ayant connu un destin exceptionnel : celui d'influencer les générations futures. Un esprit immortel – sur support électronique – c'est encore mieux puisque capable d'influencer toutes les générations futures. Si de plus sa compétence continue de croître avec l'expérience (avec l'âge), alors son destin est extraordinaire.

Quelles sont les implications de l'immortalité ?

Quel sera l'impact sur les générations futures d'une pensée expérimentée et dégagée des contraintes de la vie biologique ? Positive ? Hors jeu ? Pas très intéressante car trop en phase avec l'époque actuelle ? Ou trop déphasée ? Je parie pour une pensée tellement claire qu'elle pourra servir de guide et de référence – sauf que les hommes doivent faire leurs propres bêtises, à moins de ne plus croire dans le libre-arbitre. Vraisemblablement, lorsque l'immortalité deviendra disponible, nous serons convaincus de l'absence de libre-arbitre. Ecouterons-nous mieux les bons conseils ?

Y a t-il un lien entre libre-arbitre et capacité d'écoute ?

Les hommes font ce dont ils sont convaincus. Nous sommes convaincus lorsque la situation (actuelle) résonne en nous. Il nous est donc impossible d'être convaincus a priori. Ceci n'empêche pas de suivre les bons conseils. Sauf que ce n'est pas ainsi que l'on se bâtit une autonomie (résultat de la crise d'adolescence). La crise d'adolescence est une étape dans le développement des individus qui leur permet de gagner leur autonomie, de gagner suffisamment en confiance pour éventuellement choisir contre l'avis général – en fonction de leur expérience personnelle. Il y a fort à parier que les hommes (biologiques) seront alors des enfants (dans le domaine cognitif) vis-à-vis d'une cognition artificielle immortelle. Supporterons-nous cette situation ?

La peur de la mort ?

Arrivé ici, vous devriez pouvoir admettre que le libre-arbitre et la conscience masquaient une incompréhension des processus neuronaux à l'œuvre. En y réfléchissant un peu, si nous sommes uniquement la « cristallisation » de nos expériences vécues, alors pourquoi avoir peur de mourir, puisque nous n'existons pas ! Ce constat n'est pas un argument valable pour une tentative de suicide. Il s'agit seulement d'aider au « lâcher prise », un excellent moyen pour prendre du recul et gérer sa vie, remettre de l'ordre dans ses priorités, ses choix, ses ambitions – bref vivre sa vie et non celle des autres !

Pourquoi ne pas croire en la réincarnation ?

Puisque notre environnement habituellement nous survit et que la personne qui nous remplacera dans notre environnement proche (famille, ami, job, société) vivra les expériences qui nous forment : il sera donc « formé » (modifié) de manière identique. Il nous ressemblera de plus en plus, parce qu'il vivra ce que nous aurions dû vivre. De plus, comme le monde est continu et que les hommes – leur mémoire – sont « continus » eux-aussi, nous pouvons garantir que notre entourage proche évoluera peu et donc que notre « successeur » nous ressemblera beaucoup. Il pourrait passer pour notre réincarnation.

Notons que nous influençons autant notre entourage que ce qu'il nous influence. Nous sommes liés. En fait, un peu de ce que nous sommes (c'est-à-dire nos comportements) a été mémorisé par notre entourage. Personne n'est vraiment unique. Chacun d'entre nous est réparti sur de multiples cristallisations et donc dans plusieurs autres corps (ceux de notre entourage). Ce partage ne s'effectue pas après notre mort, mais tout au long de notre vie.

Tant que notre entourage existe, nous ne pouvons pas mourir car nous sommes la cristallisation des interactions avec cet entourage. Nous sommes donc éternels, et en même temps multiples, puisque en interaction avec chacune des cristallisations que nous rencontrons. De fait, ces cristallisations en rencontrent d'autres et, au final, nous sommes une infime partie de chaque partie du tout (de l'humanité).

Gaïa, la planète consciente, existe-t-elle ?

A partir du moment où nous disposons d'une explication au « miracle » de la conscience, celle-ci disparaît au profit d'un processus absolument logique et normal, qui recouvre le même ensemble de faits pour l'observateur. Nous pouvons continuer à appeler les effets observables du processus de verbalisation : « conscience ». Ce processus n'est pas partagé par l'ensemble du règne animal car il implique une complexité corticale réservée aux hommes. Cependant, les animaux sont eux-aussi équipés de neurones et d'un cortex. Chaque animal se comporte donc en référence avec les circuits neuronaux retenus par la sélection naturelle, et les modifications induites par son vécu dans son environnement. Puisque nous partageons tous le même environnement – la planète Terre – alors la cristallisation de chacun d'entre nous (homme ou animal) est liée à celles des autres (hommes et animaux). Les cristallisations de toutes les formes de vie sur Terre sont de fait liées. Je crois que nous pouvons en déduire que Gaïa existe. Gaïa a-t-elle une conscience planétaire ? Je pense que non, car il lui faudrait une autre planète pour lui servir de mentor et lui apprendre une « verbalisation » à sa mesure.

Et les extra-terrestres dans tout ça ?

La présence de bactéries ou d'algues sur d'autres planètes ne nous fait pas fantasmer. Par contre, des extra-terrestres « évolués », voilà qui nous passionne. Que peuvent-ils nous apprendre ? Pourrons-nous nous comprendre ? Seront-ils pacifiques ? Etc.

La mémoire est aussi fréquente que la vie car l'évolution garantit que les systèmes à mémoire ont à leur disposition des niches écologiques que ne peuvent remplir les systèmes sans mémoire. Il y a donc des extra-terrestres doués de cognition.

La Théorie neuronale de la Cognition (TnC) constitue une étape sur le chemin de la connaissance. De ce fait, toute civilisation évoluée doit un jour découvrir sa vraie nature (cristallisation), c'est imparable ! Nous pouvons estimer que les civilisations extraterrestres avancées sont déjà passées par là. Elles ont alors certainement gagné en humilité et en altruisme. En ont-elles perdu le goût d'explorer, d'apprendre, de découvrir les différentes facettes de la cristallisation du vécu impliquant d'autres formes de vie (autres capteurs, autres complexités de structures neuronales, autres environnements, etc.) ?

Où sont-ils ces extra-terrestres ?

Loin et pas aussi intéressés par nous que ça ! Pas plus que bon nombre d'entre nous ne sont intéressés par la vie des abeilles. Et s'il est effectivement impossible de dépasser la vitesse de la lumière, alors qui peut vouloir quitter son environnement pour revenir mille années plus tard, après avoir (peut-être) vu des animaux étranges ? Ce n'est plus le désir de conquêtes qui motive, seulement le désir de connaître, est-ce suffisant ? Moi, j'enverrai plutôt un « double » cognitif (robot), apte à mémoriser, réfléchir, comprendre – mais ira-t il, ou tentera-t-il de se défiler lui-aussi ?

1Merritt Ruhlen (2007). L'origine des langues: Sur les traces de la langue mère, Ed. Folio essais, 432 p. ISBN-13: 978-2070341030

2Sophie Saffi (2010). La personne et son espace en italien, Ed.Lambert-Lucas, 245 p.


<<< chapitre précédent

chapitre suivant >>>