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Parution décembre 2013 :
livre de C.Touzet aux éditions la Machotte
- Editions la Machotte
- ISBN : 978-2-919411-02-3
- 166 pages
- Prix public : 22,00 € (Acheter)
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16. Le cas des « barreurs de feu » (du livre Hypnose, sommeil, placebo ?", C. Touzet, 2013)


Les personnes, que l'Administration française regroupe sous la dénomination de « magnétiseurs », sont (mis à part quelques charlatans opportunistes) convaincues de leur don, que ce soit pour soigner les corps ou « voir » le futur de leurs « clients ». Ne devrait-on pas appeler « foi » la croyance manifeste qu'ils montrent vis-à-vis de leur don, croyance aujourd'hui non partagée par la majorité ?

Comment se manifeste la foi des barreurs de feu ?

Les « barreurs de feu » (en anglais : firer talkers) sont des personnes qui affirment pouvoir atténuer les douleurs liées aux brûlures, faciliter la cicatrisation et accélérer le rétablissement. La France en recense environ 6 000, tous bénévoles et dont certains travaillent avec l'hôpital. Les « interventions » se font (entre autres) par téléphone. Le nom de la personne brûlée et la localisation de la plaie suffisent à certains barreurs de feu pour agir. Ce qui est remarquable lorsque l'on creuse un peu le sujet, c'est que le « don » s'exerce pour le moins de manière variée, tout comme sa transmission. Certains récitent une prière, d'autres font quelques signes, d'autres prononcent une phrase rituelle, d'autres imposent les mains (sans toucher la brûlure), etc. Les prières, phrases, signes, sont très divers et le seul point commun c'est la foi du barreur de feu en son don, foi entretenue par les résultats obtenus.

Suffit-il d'avoir la certitude de pouvoir « barrer le feu » pour être efficace ?

Les rites d'initiation qui permettent la transmission du don à une nouvelle personne ne remettent pas en cause cette interprétation. Le « don » est transmis à une personne connue, qui a pu constater les effets du don. Il ne lui suffit plus alors que d'être convaincue qu'elle l'a reçu. La cérémonie ressemble à s'y méprendre à la scène de Dumbo – l'éléphant volant – qui a besoin de tenir une plume dans sa trompe pour voler (jusqu'à ce qu'il constate qu'il peut aussi voler sans). Je suis persuadé qu'une cérémonie initiatique n'est pas obligatoire pour acquérir le don de barrer le feu. J'ai d'ailleurs reçu le témoignage d'une personne qui explique qu'elle est devenue barreur de feu à l'instant où elle a compris – au-delà de toute incertitude – qu'elle pouvait intervenir sur le décours des événements mis en jeu par une brûlure.

Indéterminisme intrinsèque de la gravité des brûlures

Il est sans doute utile de préciser ici qu'il y a beaucoup d'incertitudes lors d'une brûlure. Impossible de savoir vraiment la profondeur, l'étendue de la brûlure et donc de poser un pronostic précis comme la durée de la cicatrisation. Cette « indétermination » liée aux brûlures est donc mise à profit par les « barreurs de feu » qui « observent » que la brûlure est la plus « petite » possible.

« Observation » par transitivité

Les barreurs de feu n'ont même pas besoin de l'observer personnellement, il suffit qu'ils « observent » que celui qui les a informés constate(ra) que la brûlure est la plus petite possible, et guérie très rapidement1.

Indéterminismes (au pluriel) ?

L'indéterminisme intrinsèque aux brûlures permet des interventions efficaces. Est-ce un indéterminisme différent de celui du monde quantique ? Oui et non... Il y a indéterminisme partout et tout le temps. Lors des brûlures s'ajoute une dose supplémentaire : l'indéterminisme lié aux limitations de nos capacités d'observation. Tant qu'il nous sera impossible de savoir précisément l'étendue et la profondeur d'une brûlure, alors les barreurs de feu seront efficaces. En poussant le raisonnement, alors les personnes optimistes sont affectées de problèmes moins graves que les personnes pessimistes, toutes choses égales par ailleurs...

1Il n'est pas besoin que la personne brûlée soit informée de quoi que ce soit.


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