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Parution décembre 2013 :
livre de C.Touzet aux éditions la Machotte
- Editions la Machotte
- ISBN : 978-2-919411-02-3
- 166 pages
- Prix public : 22,00 € (Acheter)
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Touzet

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15. Prémonition ou influence de l'expérimentateur ? (du livre Hypnose, sommeil, placebo ?", C. Touzet, 2013)


La science impose que les expériences qui procurent les faits qui valident les théories puissent être reproduites. Les expériences – dont la variabilité des résultats n'est pas explicable – ne sont pas du ressort de la science. Cela ne signifie pas que ces résultats soient faux, seulement que la science ne peut pas s'intéresser à eux (en tout cas pas ouvertement). Le terme « para » est alors ajouté pour signifier « en dehors de ».

La parapsychologie : une exception française ?

Vous ne le savez peut-être pas, mais il y a en Allemagne des chaires de professeurs d'université en phénomènes paranormaux, un institut des phénomènes psi1 où le public peut se rendre pour raconter ses expériences et recevoir une écoute, idem en Grande-Bretagne, aux USA, etc. Pourquoi rien de ce genre en France ? Serions-nous à l'abri des phénomènes psi ?

Disons que la patrie de Descartes se croit cartésienne en refusant d'accepter l'existence de phénomènes non expliqués aujourd'hui. Comme si notre connaissance de l'Univers pouvait progresser en refusant de considérer ce que nous ne comprenons pas ! Les chercheurs sont des mémoires comme nous autres, il leur est plus facile de chercher dans un univers connu que dans l'inconnu (même s'ils sont sensément payés pour le faire).

À mon avis, en agissant ainsi nous amputons notre vision du monde de la plus grande part de sa réalité. Heureusement, les choses changent. Aujourd'hui, il est possible de mener en quelques jours des expériences sur la « chance » pour un coût dérisoire tout en utilisant des protocoles expérimentaux dignes des meilleurs travaux scientifiques. De cet état de fait naissent et naîtront des avalanches de résultats qu'il faudra bien prendre en compte. L'absence de financement ne constitue plus un frein aux travaux dans ce domaine, ni à leur publication...

Existe-t-il des résultats paranormaux indiscutables ?

Beaucoup ! L'un des plus récents et des plus difficiles à réfuter est paru2 en 2011 dans l'un des meilleurs journaux scientifiques, celui de l'American Psychological Association. Le professeur émérite de l'Université de Cornell (USA), Daryl Bem, y expose les résultats de neuf expériences conduites auprès d'un total d'un millier de personnes (les sujets d'expérience typiques de la Psychologie : des étudiants de première année). Il démontre la capacité de certains individus à prévoir le futur. Ce n'est certes pas la première expérience dans ce domaine pour le moins « controversé », mais c'est à l'époque où je rédige ce chapitre la plus récente à ma connaissance.

Comment tester la prémonition ?

Les sujets sont assis devant un écran qui montre deux cases noires (gauche et droite). Ils doivent deviner dans laquelle de ces cases va s'afficher une photo (appartenant à l'une des deux catégories : érotique ou neutre). Après qu'ils aient donné leur prédiction, l'ordinateur tire au hasard (avec un générateur de hasard sophistiqué) le côté où il affichera la photo. Bien entendu, le choix du sujet n'est pas pris en compte par le programme qui choisit aussi au hasard la photo (dans l'une des deux catégories)3.

Un certain nombre de vérifications sont faites après chaque série d'essais. En particulier, la « qualité » du hasard du générateur de nombres aléatoires est vérifiée. Le côté droit est aussi souvent choisi que le côté gauche, de même que la catégorie des photos (érotique ou neutre).

Les sujets « psi », des personnes extraverties ?

Les sujets sont regroupés au sein de deux groupes : les extravertis et les autres. La sélection est réalisée à partir des réponses aux deux questions suivantes : « Je m'ennuie facilement » et « J'aime bien regarder à nouveau des films que j'ai déjà vus ». Les réponses vont de « très faux à très vrai », sur une échelle de 5. La somme des deux scores est calculée (en inversant le second) et tous ceux qui ont plus de 5 sont considérés « extravertis » (je m'ennuie facilement et je ne vais jamais voir des films que j'ai déjà vus).

Performances de prémonition

  • Les sujets « normaux » montrent une performance de 50% de bonnes réponses (ce qui est normal).

  • Les sujets appartenant à la catégorie « extravertie » ont une performance de 56% (cinquante-six) de bonnes réponses lorsque la photo qui va apparaître est « érotique » (versus des photos « neutres » comme des fleurs ou des paysages).

Cette différence de 6% n'est PAS normale – et c'est beaucoup ! Il est en pratique impossible que ce soit dû à des aléas statistiques ou probabilistes. Lorsque les photos à venir (qui n'ont pas encore été choisies par l'ordinateur) sont « érotiques », alors les sujets devinent avec 6% de probabilité en trop le bon côté d'affichage (alors que le côté n'a pas encore été choisi lui non plus).

Est-ce un résultat isolé ?

Ce résultat est conforme à ceux rapportés par des centaines d'autres études scientifiques (309 entre 1935 et 1977 ; 24 rien que pour l'année 2009). Ces expériences sont donc réplicables (et donc « scientifiques »). Pourtant, ces résultats sont aussi considérés comme sensibles à l'expérimentateur (et donc « paranormaux »). Si l'expérimentateur (celui qui conduit l'expérience) croit aux effets « Psi », alors les effets sont plus forts que s'il n'y croit pas !

Aurait-on affaire à des scientifiques qui se laissent manipuler par leur désir ? Non ! Ce sont plutôt les « faits » qui se laissent manipuler par les désirs des expérimentateurs. Certaines de ces expériences sont menées en aveugle – dans le cas présenté ici, par des assistants non informés du véritable enjeu des expériences.

Un « sixième » sens : la prémonition ?

Dans cette étude, les personnes extraverties sont capables de pressentir l'affichage de photos qualifiées d'« érotiques » alors que celles-ci n'ont même pas encore été choisies. L'explication proposée par D. Bem est que les sujets « extravertis » ressentent des choses de manière préconsciente, ce qui les aide à décider – correctement – dans certaines situations quotidiennes. Il conforte cette interprétation d'un « sixième sens » par le fait que les sujets qui ont de bonnes performances au niveau « Psi » dans une expérience ont de bonnes performances dans toutes les autres expériences « Psi ». Enfin, il démontre au travers des neuf expériences rapportées que les effets classiquement observés en psychologie sont toujours présents et de même nature – que ces expériences impliquent des phénomènes « Psi » ou non.

Un futur conforme à nos désirs ?

Plutôt que d'envisager un « sixième » sens vis-à-vis d'un futur déjà écrit (puisque « pressenti »), je propose d'envisager le fait que le futur n'est pas écrit. Il n'est pas écrit car la matière est dans un état indéterminé. Lever cette indétermination implique une observation – mais cette observation influence la matière (c'est la « décohérence »). L'observateur qui s'attend à quelque chose (versus celui qui n'attend rien de précis) tend à organiser la matière en fonction de son attente. Le présent deviendrait alors conforme (dans 6% des cas) avec cette attente (la photo érotique apparaît là où il l'attend), modifiant de facto la façon dont le tirage aléatoire a été fait par la machine (ce qui est possible car personne ne l'a observé).

The Intention Experiment4

Lynne Mc Taggart est une journaliste et auteure américaine qui a publié plusieurs ouvrages/enquêtes (bien écrits et documentés) autour du thème « science et spiritualité ». Sur son site – theintentionexperiment.com – elle propose d'utiliser les « intentions » des internautes lors de diverses expériences « grandeur nature ». Certaines de ces expériences sont scientifiques, avec la collaboration de chercheurs reconnus, et d'autres plus altruistes visent à améliorer la paix dans le monde par exemple. Les résultats sont disponibles en ligne – ils sont en faveur de la puissance de l'intention, dans des proportions qui suggèrent autre chose que de la chance !

Conclusion

Dans un univers pratiquement complètement indéterminé, les systèmes à mémoire constituent des régions de détermination. Dans ces régions, la réalité – l'état de la matière – est déterminée. Par définition, une mémoire reproduit ce qu'elle a mémorisé. Un être vivant, un homme par exemple, mémorise tout au long de sa vie les événements auxquels il participe. Son cerveau (sa mémoire) est la trace de ces événements. A chaque situation vécue, notre cerveau réalise des prédictions vis-à-vis du résultat. Ces prédictions interfèrent avec l'état (indéterminé) de la matière de telle sorte à biaiser l'état final dans le sens de l'observation souhaitée et assurer ainsi une plus grande continuité du monde réel. Il y a donc moins de hasard dans notre environnement du fait même que nous sommes là pour l'observer.

1Psi est un terme désignant un phénomène qui mettrait en jeu le psychisme et son interaction avec l'environnement. Il provient du grec psyche signifiant « esprit, âme ».

2Daryl J. Bem (2011). Feeling the Future: Experimental Evidence for Anomalous Retroactive Influences on Cognition and Affect, Journal of Personality and Social Psychology 100, 407-425.

3Vous pouvez participer anonymement et bénévolement à la réplication de cette expérience : www.sciences-cognitives.org/PSI/

4Lynne Mc Taggart (2008). La Science de l'intention : Utiliser ses pensées pour transformer sa vie et le monde. Ariane Editions, 416 pages.


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