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Parution août 2010 :

- Editions la Machotte
- ISBN : 978-2-919411-00-9
- 156 pages
- Prix public : 21,00 € (Acheter)
- Ressources complémentaires
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Ressources complémentaires du livre Conscience, Intelligence, Libre-Arbitre ?" (C. Touzet, 2010)
Notes sur la Mémétique – C. Touzet, 10 août 2010
La Mémétique est née d'une métaphore proposée par Richard Dawkins (le gène égoïste, 1976) entre le monde des gènes et celui des idées. D'après la sélection darwinienne, les gènes aujourd'hui présent dans la population sont ceux qui ont été les plus efficaces à se reproduire (et à assurer la survie de leur porteur : l'individu). Il n'y a pas d'autre finalité à cette sélection. L'analogie de Dawkins est d'envisager que les idées sont aussi en compétition pour exister à la prochaine génération, et que les idées qui existent aujourd'hui dans nos têtes sont les plus efficaces à se reproduire, sans autre finalité. A l'image du gène qui est l'élément unitaire de transmission d'information génétique, Dawkins propose la notion de « mème » qui serait l'élément unitaire de mémorisation d'information (d'idées). Le nom « mémétique » est censé évoquer l'étude de la transmission des mèmes (par analogie avec la génétique qui est l'étude de la transmission des gènes).
La proposition de la mémétique est intéressante car elle fait table rase de la notion de libre-arbitre : nos idées sont en fait celles qui sont les plus efficaces pour passer d'un cerveau à l'autre. Parmi les idées qui résistent efficacement au temps et colonisent beaucoup de cerveaux : la religion. Certains chercheurs considèrent de fait la religion comme une maladie particulièrement efficace... Mais l'étude la plus sérieuse est à mon avis celle sur les épidémies de suicide : des suicides qui n'auraient pas eu lieu si le premier n'avaient pas existé. Les travaux menés par David Phillips ont été publiés dans les meilleures revues scientifiques entre 1974 et 1986, et ont donné lieu à des recommandation à destination des médias aux USA en 1994, ainsi qu'en Australie. Phillips démontre une importante correlation entre le taux de suicide et la couverture médiatique d'un suicide. Lorsqu'un suicide fait les gros titres de la presse alors le nombre de suicides augmente. Ses études montrent que le type de suicide médiatisé (par exemple en voiture) va influencer spécifiquement ce type de suicide. Le suicide est une idée qui par définition tue son hôte, mais la couverture médiatique reçue permet d'infecter un plus grand nombre d'individus. C'est donc une idée qui résiste au temps et peut même se propager.
Du fait de son analogie voulue avec la génétique, le mémétique est empêtrée dans la recherche du « mème » (l'unité de base de transmission d'une idée), dans la recherche d'un phénotype qui serait l'expression comportementale du mème, dans les mécanismes de transmission et de reproduction du mème (il faut de la variabilité pour que naissent de nouvelles idées), etc. Je pense pour ma part que l'analogie est trompeuse, et que l'on ne résoudra rien en tentant d'appliquer les recettes de la génétique au monde des idées. La transmission des idées est un domaine nouveau, il lui faut une solution nouvelle.
Ce qu'il faut garder de la mémétique c'est que celle-ci prône effectivement une vie propre aux idées, indépendamment de leur nature, et qu'elle fait plus ou moins table rase de la notion de libre-arbitre. Les deux sont bien évidemment corrélés, mais c'est cette dernière notion qui dérange. En particulier dans le domaine des sciences humaines et sociales (SHS), le libre-arbitre est aujourd'hui une notion fondamentale qu'on ne peut – ni ne doit – remettre en question sous peine de fracturer le bel édifice des théories construites au fil des décennies. De mon point de vue, l'absence quasi complète de résultats des SHS tient exclusivement à cette erreur. Si nous en sommes encore à la préhistoire en ce qui concerne l'enseignement ou la prison ou l'économie, c'est que l'on croit au libre-arbitre. Le libre-arbitre, c'est notre joker. Ce joker nous dédouane de méthodes d'enseignement imbéciles (la lecture globale est un bon exemple) en nous permettant de penser que ceux qui n'y arrivent pas le font exprés ! Le même joker nous dédouane d'une prison version « frigo » en nous permettant de croire que le libre-arbitre dont sont équipés les délinquants les changera (officiellement 70% de récidive, excusez du peu). Ce « libre-arbitre » nous permet aussi de croire que les informations, situations, et exemples, véhiculés par les médias (Presse, TV, jeux vidéos) sont sans incidence sur notre façon de penser ou de nous suicider – ce qui n'est pas le cas !
Quelques pointeurs vers la Mémétique :
| Suicide rates increased significantly after suicide stories were reported
newspaper stories. The increase was proportional to the amount of
newspaper coverage devoted to the suicide stories |
American Sociological Review 1974 Vol. 39:340-54 | |
Car accident fatalities increased following media representations of
suicide implying that some car accident fatalities were in fact imitative
suicides |
Science 1977 196:1464-65 | |
Car accident fatalities, particularly those resulting from single-car
accidents increased significantly three days after a suicide story was
publicised in the newspaper press. The increase was proportional to the
intensity of the publicity, and the age of the accident victim was
positively correlated with the age of the suicide story victim. There was
also a corresponding correlation between murder-suicide stories and
multiple car crashes involving passenger deaths. |
American Journal of Sociology 1979 Vol.84 No.5: 1150 -1174 | |
Publicised murder-suicides were followed by an increase in aeroplane
crashes (airline and non-commercial). The increase in aeroplane crashes
was proportional to the degree of coverage that these stories received |
Social Forces 1980 Vol. 58 (Jun): 1001-1024 | |
Daily US suicide rates increased significantly (for a period of less than
ten days) following the appearance of highly publicised suicide stories on
television evening news programmes. |
American Sociological Review 1982 Vol. 47: 802-809 | |
Suicide rates, motor vehicle fatality statistics and non-fatal accidents all
rose immediately following the transmission of fictional televised suicide
stories in 1977 |
American Journal of Sociology 1982 Vol. 87 No. 6: 1340-1359 | |
Homicides in the US increased following heavyweight championship
prize-fights in a relationship that persisted after correction for secular
trends, seasonal and other extraneous variables. The increase was found
to be largest following heavily publicised fights. |
American Sociological Review 1983 Vol. 48 (Aug):560-568 | |
Between 1973 and 1979 teenage suicides increased significantly
following 38 nationally televised stories of suicide. The intensity of
publicity devoted to the suicide stories was significantly correlated to its
effect on teenage suicide rates |
New England Journal of Medicine 1986 Vol. 315 No.11: 685-9 |
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