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Parution août 2010 :

- Editions la Machotte
- ISBN : 978-2-919411-00-9
- 156 pages
- Prix public : 21,00 € (Acheter)
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9. La conscience : une simple verbalisation automatique ? (chapitre 9 du livre Conscience, Intelligence, Libre-Arbitre ?", C. Touzet, 2010)


Le chapitre sur l'attention (cf. §7) explique pourquoi et comment les faits « nouveaux » génèrent une activation sur des cartes auto-organisatrices codant des niveaux d'abstraction élevés, tels que mots ou concepts. Nous pouvons en déduire qu'un fait « nouveau » est automatiquement associé à une activité neuronale sur la carte des mots (un neurone est activé). Comme cette carte est aussi associée à la prononciation des mots, il y a donc immédiatement prononciation ou verbalisation (fig. 9.1).

Un observateur dirait que c'est un réflexe appris au contact de nos congénères parce que dès notre plus jeune âge, notre entourage nous commente les situations que nous vivons ensemble et nous raconte ses activations internes (ce qu'il pense). Nous savons que la vraie raison est plus simple : les exemples qui ont organisé nos cartes de haut niveau (celles des mots) contenaient à la fois la situation et le mot prononcé. Nos cartes auto-organisatrices étant des mémoires associatives, chaque situation déclenche automatiquement le son associé (le mot). Cette « verbalisation » est automatique et découle des exemples qui ont organisés notre apprentissage.

Associer un mot à une situation est la base de notre cognition. Ceci est particulièrement bien mis en évidence dans l'autobiographie de Helen Keller 19. H. Keller est sourde-muette et aveugle, ce qui ne l'empêchera pas d'obtenir un doctorat et donner des conférences dans le monde entier. Elle raconte avec beaucoup de précision et d'émotion l'instant où elle a dépassé une attitude « animale » vis-à-vis des situations vécues pour débuter une compréhension « humaine ». Nous pourrions a priori appeler cet instant magique de « prise de conscience ». Cet instant est celui où (après de multiples efforts de son professeur) H. Keller a compris le lien qui existait entre un code qui était tapoté dans la paume de sa main et une situation déterminée (dans ce cas précis il s'agissait de l'eau). Cette association « mot-situation » a été un révélateur et lui a permis d'accéder à la conscience, au langage, à la cognition.


Figure 9.1 – Verbalisation automatique.

D'après ce que nous avons décrit, la conscience est une verbalisation automatique des situations parvenant à nos cartes des concepts ou des mots. Cette explication ôte toute incertitude à la notion de conscience, terme qu'il vaudrait mieux remplacer par celui de verbalisation. Une « verbalisation » est très différente de la définition que nous fournit le dictionnaire à la page « conscience ». Nous pouvons en déduire que la conscience est une illusion découlant de notre ignorance – ce que savaient déjà les Bouddhistes il y a 3 000 ans.

Nous verbalisons aussi bien les situations perçues du monde extérieur issues de l'attention exogène (cf. §7), que nos propres situations « intérieures » issues de l'attention endogène. Dans ce dernier cas, notre verbalisation reflète exactement nos pensées.

La verbalisation consiste à plaquer sur une situation les mots qui la décrivent. Un discours est une succession de mots qui s'enchaînent. Au sein de notre cortex, des cartes auto-organisatrices ont mémorisées des séquences complètes de mots. Les séquences voisines dans le temps (c'est-à-dire dans le discours) sont codées par des neurones voisins de la carte. Faire un discours revient à activer des neurones voisins l'un après l'autre, en choisissant à chaque fois le voisin le plus proche du but fixé (cf. §6). Il est donc normal que je ne sache pas quels mots je vais employer avant de parler – bien que je connaisse à l'avance le but de mon discours.

Manipulation

Nous sommes tous manipulables 20 et manipulés 21. Notre mémoire activera plus facilement des mots qui ont déjà été prononcés ou entendus, et l'enchaînement des mots que nous utilisons est conforme à l'enchaînement des mots habituel dans notre environnement (entourage, TV, médias). Cet enchaînement n'a rien à voir avec la logique, sauf si votre métier de professeur de Logique vous met au contact d'exemples de Logique 18 heures par jour.

Les vendeurs sont des spécialistes dans ce domaine et un argumentaire commercial bien construit se doit d'utiliser les bons termes, aux bons moments. Cette explication de la conscience fournit une base biologique à la PNL (Programmation Neuro-Linguistique), un domaine injustement mal considéré par les scientifiques.

Nos buts

Il est important de prendre conscience que les buts constituent des phares de signal qui orientent toutes nos actions dans leurs directions. Ces buts (mode, pouvoir, beauté, argent, etc.) sont « artificiels » au sens où ils sont issus du hasard 22 (chaque civilisation montre des buts différents, voire opposés). La sélection « naturelle » a retenu les peuples dont les buts étaient les plus efficaces – pas les plus nobles ou les plus respectueux de la nature, ni même les plus agréables à vivre (ces buts pourraient même entraîner notre perte à tous).


Notes de bas de page

19. Helen Keller, Sourde, muette, aveugle, Payot, 2001, 275 pages. ISBN 978-2228894135
20. Voir à ce sujet le documentaire « le Jeu de la mort » (2009) qui reprenait une expérience de Stanley Milgram (1960) où des personnes « quelconques » administrent des chocs électriques à d'autres jusqu'à mettre en péril leurs vies – juste pour obéir aux ordres de l'animateur. Pour information, cette expérience a été reproduite en dans de nombreux pays depuis 1967 et à chaque fois les résultats obtenus par Milgram ont été validés.
21. Robert-Vincent Joule et Jean-Léon Beauvois, Petit traité de manipulation à l'usage des honnêtes gens, Presse Universitaire de Grenoble, 2002, 288 pages. ISBN : 2 7061 1044 9.
22. La « Mémétique » est une science dont l'objectif est d'étudier les évolutions de la culture (codes et schémas informationnels) avec une approche darwinienne. C'est une théorie de l'évolution étendue au domaine culturel.

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