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Parution août 2010 :

- Editions la Machotte
- ISBN : 978-2-919411-00-9
- 156 pages
- Prix public : 21,00 € (Acheter)
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8. Pourquoi 6 700 langues sur cette planète ? (chapitre 8 du livre Conscience, Intelligence, Libre-Arbitre ?", C. Touzet, 2010)


Comment est né le langage ? Première constatation, il est né souvent car il y a aujourd'hui 6 700 langues parlées dans le monde. Seconde constatation, il peut naître entre seulement deux individus. C'est le cas lorsque deux jumeaux inventent un langage à eux. Nous en concluons que le processus à mettre en place est simple. En fait, la partie « symbolique » est simple. Deux individus à côté l'un de l'autre vont vivre de facto la même situation. Si l'un d'eux génère un son à cet instant là, l'autre l'entend et ses neurones l'associent à cette situation.

Plus tard, si dans une situation similaire, le même son est produit, alors il s'agit d'une régularité du monde réel qui sera mémorisée. A partir de ce moment, il suffit d'entendre ce son pour qu'il active les neurones codant la situation complète (son + image + odeur, etc) qui est donc immédiatement évoquée (fig. 8.1(a)).

Réciproquement, en vivant à nouveau la situation (image, odeur, etc.), le son devient disponible, il est émis (fig. 8.1(b)). Si vous êtes seul, vous parlez tout seul. Si vous ne faites pas de bruit, alors vous vous parlez intérieurement. Si vous êtes accompagné, vous conversez. Bien évidemment, les mots que vous apprenez sont ceux dont vous vous servirez, ce sera votre langue maternelle.

Comment le son devient-il disponible à partir de la seule vue d'un objet ? Au chapitre §4, nous avons montré comment, à la vue d'un arbre, une succession de cartes auto-organisatrices s'activent et généralisent jusqu'à l'activation finale du neurone représentatif du concept « Arbre ». Nous avons vu au chapitre §7 (attention endogène) que des connexions réciproques existent, qui partent de la carte de plus haut niveau d'abstraction pour alimenter les cartes de niveau inférieur et activer les éléments fondateurs du concept – notamment le son associé.

Figure 8.1 – Activation des éléments liés à une perception auditive (a) ou à une perception olfactive ou visuel (b). Quelle que soit l'origine de l'activation, il y a prononciation.

Auto-organisation et supervision

Le langage est acquis – comme la lecture – en impliquant deux types d'apprentissage : l'auto-organisation et l'apprentissage supervisé. L'auto-organisation extrait les régularités des données qui parviennent à la carte, tandis que l'apprentissage supervisé réduit l'erreur entre la production de l'individu et celle de son entourage confronté à la même situation.

La production (forme verbale) est entendue par celui qui parle. S'il y a sur la carte des sons entendus à cet instant deux foyers d'activation, alors il y a une différence entre le son mémorisé associé au concept et celui prononcé. Cette différence est une erreur. Au chapitre §6, nous avons vu comment deux cartes sont en synergie pour réaliser un comportement. Réduire l'erreur génère un comportement (celui de l'apprentissage supervisé) dont l'objectif est d'atteindre la situation but : le mot prononcé comme tout le monde (fig. 8.2).

L'entrée sur la carte des actions est l'erreur entre les deux prononciations. La réponse de la carte sera la modification à réaliser pour que la prononciation soit plus juste. Il y a donc répétition de la prononciation jusqu'à ce que le but soit atteint : un seul lieu d'activité sur la carte des sons entendus. A chaque répétition de la prononciation, il y a modification des connexions entre mot entendu et mot prononcé (apprentissage). Cet apprentissage est automatique et auto-organisé, bien que l'on puisse le voir comme étant un apprentissage supervisé.

Figure 8.2 – Réduire l'erreur en production de la parole : un comportement dirigé. Sur la carte codant les mots, une activation (1) correspond à un mot déjà mémorisé que l'on veut prononcer (c'est un « but »). Cette activation est envoyée (2) sur la carte des prononciations afin qu'il soit dit (3). Il est alors entendu (4), et induit une activation sur la carte des mots (5). Si cette activation est différente de celle à l'origine (1), alors il y a une erreur de prononciation et la correction est obtenue à l'aide de la carte de corrections des erreurs (6), qui génère une action corrective transmise (7) à la carte des prononciations. Cette correction automatique des erreurs dans le but de rassembler le son prononcé (entendu) à celui mémorisé est identique à celle utilisée pour la génération de comportements « motivés ».

Quelle est la nature des erreurs que fait l'enfant à ce stade ?

L'arrangement spatial de la carte « concepts » pré-existe pour partie à l'action de l'apprentissage supervisé et l'une des erreurs réalisées par l'enfant est de se tromper de prononciation de mot et donc prononcer un mot de sens voisin (et non pas de consonance voisine) comme illustré sur la figure 8.3.

Figure 8.3 – L'une des causes d'erreurs de prononciation lors de l'acquisition du langage. Une petite erreur sur la carte des concepts se traduit par une grande erreur lorsque le mot est prononcé.


Notes de bas de page

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