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Parution août 2010 :

- Editions la Machotte
- ISBN : 978-2-919411-00-9
- 156 pages
- Prix public : 21,00 € (Acheter)
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5. Enfance, adolescence : des passages obligés ? (chapitre 5 du livre Conscience, Intelligence, Libre-Arbitre ?", C. Touzet, 2010)


Le chapitre précédent a mis en évidence un ordre dans l'organisation des cartes auto-organisatrices :

  1. Les cartes du niveau inférieur doivent être organisées avant que l'information issue de ces cartes puisse organiser le niveau suivant : les formes et les couleurs avant les formes colorées, les lettres avant les syllabes, les syllabes avant les mots, etc.
  2. Les corrélations fréquentes sont apprises plus vite (et donc plus tôt) par les niveaux d'abstraction les moins élevés. A chaque niveau, les cartes sont organisées par des informations moins fréquentes (dans le Monde) par rapport au niveau précédent. Comme le nombre d'expériences nécessaire pour organiser une carte est constant, l'apprentissage prendra plus longtemps si les régularités à mémoriser sont « subtiles » (i.e., rares).

Tous les hommes (les animaux aussi), ceux d'aujourd'hui comme ceux d'hier, ont une enfance. C'est une période de leur développement durant laquelle ils ne sont pas autonomes. L'enfant a besoin de sa mère, ou d'une mère de substitution, pour grandir correctement et devenir un adulte à part entière.

Le cas des enfants-loups illustre ce qu'il advient lorsque l'enfant grandit sans l'entourage d'un adulte de son espèce. L'étude de ces cas est cependant difficile car il y a énormément de cas litigieux (voire d'escroqueries), d'autres pour lesquels il semble que l'enfant présentait déjà des troubles mentaux lors de l'abandon. Les cas les plus récents – et donc les moins sujets à caution – sont (par exemple) ceux de :

  • Oxana Malaya (Ukraine, trouvée en 1991) qui a vécu avec des chiens entre 3 et 8 ans, dans l'arrière cour de la maison de ses parents alcooliques.
  • Saturday Mthiyane (province du Kwazulu-Natal en Afrique du Sud, trouvé en 1987 à l'âge de 5 ans) qui a passé au moins un an au milieu des singes.
  • John Ssebunya (Ouganda, trouvé en 1991 à l'âge de 5 ans) qui a passé 3 ans avec des singes.

Tous ces enfants éprouvent des grandes difficultés à maîtriser le langage et à établir des relations sociales par la suite. Ceci accrédite l'hypothèse qu'il y a un moment avant 7 ans (l'enfance) dans le développement de l'individu où certaines choses doivent avoir lieu, sinon il sera très (trop) difficile pour les acquérir après. L'enfance est donc cette période critique durant laquelle l'apprentissage du langage et de la socialisation est facile (fig. 5.1).

Lorsque la différence entre le comportement attendu d'un adulte et celui d'une personne est réduite, alors cette dernière est considérée comme se comportant comme un adulte. Lorsque nous faisons peu attention à autrui, alors même si quelques détails ne sont pas typiquement adultes, comme nous ne les remarquons pas, autrui est facilement adulte. A l'inverse, pour les gens qui font attention à nous, les détails infantilisant sont rapidement repérés et vous restez enfant. Vous devenez adulte pour des personnes qui vous connaissent peu, bien avant d'accéder au même statut de la part de votre entourage proche. Eventuellement, si vos parents font trop attention à vous, vous ne serez jamais totalement adulte pour eux.

L'enfance est donc un qualificatif peu précis et dépendant de l'intérêt que vous portez à la personne observée. Il me semble plus exact de dire que l'enfance correspond à la période durant laquelle s'organisent les premières cartes corticales impliquées dans les comportements motivés, le langage et les relations sociales (cf. §6).

L'adolescence suit l'enfance et précède l'âge adulte. C'est la période du « non » des enfants. C'est une période difficile puisque l'adolescent entre en conflit avec les desiderata des parents. Nous verrons au chapitre §10 que ce n'est la faute, ni aux parents, ni aux adolescents.

L'adolescence, comme l'enfance, est universelle et se rencontre à toutes les époques et dans toutes les cultures. C'est une étape fondamentale de l'organisation du cortex, plus précisément des cartes auto-organisatrices codant des « concepts clefs » tels que : liberté, droit, devoirs, existence autonome, etc.

Figure 5.1 – Il y a un ordre et un timing précis dans l'organisation des cartes auto-organisatrices. Les cartes s'organisent en fonction des régularités qu'elles perçoivent dans les données reçues. Certaines cartes doivent s'organiser avant un âge limite (7 ans pour les cartes liées au langage et à la socialisation).

Lorsque ces concepts sont découverts, ils sont ipso facto utilisés pour analyser le Monde. Les situations du Monde sont bien évidemment complexes et il y a toujours au moins un aspect de celles-ci qui n'est pas conforme à la définition du concept clef impliqué. Cet aspect induit l'attention (cf. §7) et il est normal que l'adolescent veuille agir pour changer la situation et la rendre plus conforme à son attente (à SA définition). Ce faisant, il viole évidemment l'ordre établi. Son comportement découle de fait d'une analyse simpliste de la situation vis-à-vis de concepts trop nouveaux et encore trop manichéens. Avec l'augmentation du nombre de situations vécues, son codage des concepts clefs devient plus précis. Du coup, il y a moins d'aspects dans la situation qui retiennent l'attention, et donc moins de sujets de disputes.

L'adolescence est un passage obligé de la construction d'une personne capable de comprendre les concepts clefs. La durée de l'adolescence dépend, non pas du temps qui passe, mais du nombre de situations vécues impliquant lesdits concepts. La différence entre l'idéalisation initiale associée à la découverte de ces concepts clefs et la réalité génère un surcroît d'activité neuronale chez l'adolescent, qui induit fatigue et stress. Il est normal qu'il se comporte alors de manière à réduire ce surcroît d'activation et qu'il essaie de changer le cours des choses (rébellion) afin de les adapter à sa compréhension (simpliste) et donc à ses attentes.

Nous verrons dans le prochain chapitre (§6) comment nos comportements dépendent des buts que nous nous fixons.


Notes de bas de page

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