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Parution août 2010 :

- Editions la Machotte
- ISBN : 978-2-919411-00-9
- 156 pages
- Prix public : 21,00 € (Acheter)
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20. Comment construire une conscience artificielle ? (chapitre 20 du livre Conscience, Intelligence, Libre-Arbitre ?", C. Touzet, 2010)


Un artefact est une réalisation (humaine) qui n'est pas naturelle. Dans le cas qui nous intéresse, c'est un robot ou un ordinateur équipé de capteurs et d'actionneurs. Un artefact cognitif peut aussi être appelé « conscience artificielle » – terme faux, mais plus parlant. Pour mémoire, le chapitre §9 explique que la conscience n'existe pas.

Un artefact cognitif est a priori capable de réussir le fameux « test de Turing ». Dans ce test, vous devez dire si l'interlocuteur, avec lequel vous communiquez au moyen d'un clavier et d'un écran, est un être humain ou un robot. Bien que rudimentaire, l'interface (clavier + écran) est efficace. Chaque jour, sur les sites de rencontres, des couples se forment et parviennent à des niveaux élevés d'intimité et de compréhension sans autre outil de communication.

La question que nous devons nous poser est de savoir si nous disposons déjà aujourd'hui des moyens techniques pour construire un artefact cognitif ? Calculons donc rapidement une estimation grossière des puissances de calcul nécessaires.

Pour mémoire, nous avons vu (§ 3) que les neurones du cortex sont regroupés au sein de micro‑colonnes qui sont les véritables unités fonctionnelles. Ces micro-colonnes sont regroupées au sein de colonnes corticales. Les micro-colonnes d'une même colonne corticale montrent un comportement suffisamment similaire pour que je propose d'appeler à partir de la figure 3.6 les colonnes corticales (qui en fait contiennent environ 110 00 véritables neurones) des « neurones » .

Cortex primaires sensoriels

  • Capteur visuel (œil) :
    • résolution : 1000 x 1000 pixels (px 39), soit 1 M (million) de px
    • Rafraîchissement : 25 image /seconde 40
    • Total à traiter : 25 M px/s
  • Capteurs somesthésiques (corps, peau, articulations, muscles), auditif (ouïe), etc. :
    • Total à traiter : la même quantité de données que le capteur visuel, soit 25 M/s
  • Cortex moteurs
    • Actionneurs :
    • Taille du cortex moteur équivalente à celle des cortex sensoriels (hors vision) : 25 M/s
    • Parole : identique au cortex moteur, soit 25 M/s
  • Cortex 41 (autres)
    • Nombre de cartes auto-organisatrices par niveau d'abstraction : 60
    • Nombre de niveau d'abstraction : 10 étages
    • Nombre total de cartes : 600 cartes
    • Nombre de colonnes par carte : 1 600
    • Nombre de micro-colonnes par colonne : 1 000
    • Nombre de micro-colonnes par carte : 1,6 M (1000 x 1600)
    • Nombre total de micro-colonnes : 1 Milliard (109 ), ou 1 Giga (G)
    • Nombre de connexions (reçues) : 1 000 / micro-colonne, ce qui donne 1 000 x 1 G, c'est à dire 1 Téra (1012, abréviation : T).
    • Fréquence moyenne d'activation neuronale : 4 Hz (soit 4 fois par s)
    • Nombre de calculs par seconde : 4 G (pour les micro-colonnes) et 4 T (pour les connexions), soit environ 4 Téra Flops/s (Flops : opérations en virgule flottante)

Conclusion : en 2010, 60 PCs sont suffisants pour programmer une conscience artificielle. La puissance de calcul d'un PC de l'année 2010 est de 70 GFlop (mieux que l'ordinateur le plus puissant du monde en 1993). A l'allure où progressent les performances des ordinateurs (loi de Moore 42), un seul PC suffira en 2016.

Faut-il avoir peur d'une conscience artificielle ?

Y a t-il des risques à construire des consciences artificielles, telle que Skynet du très célèbre film Terminator ? Cela dépend des moyens que l'on met à disposition de l'entité. Peut-elle nous les prendre ? La conscience artificielle montre un comportement qui est le reflet de ses expériences vécues. Rien n'interdit de penser que si son vécu est biaisé vers la violence, alors ses décisions apparaîtront violentes, égoïstes et inhumaines – mais ni plus ni moins que certains hommes. En fait, notre propos ici a été de montrer comment construire une conscience artificielle en tout point semblable à une conscience humaine. Il en résulte que les comportements au final sont de même nature ! Peut-on y mettre des freins (type les 3 lois de la robotique chères à I. Asimov 43) ?

Le problème c'est que l'intérêt à construire une conscience artificielle réside notamment dans sa capacité à prendre des décisions en lieu et place d'un homme. Ces décisions sont complexes, et une conscience artificielle – comme n'importe quel homme – peut se tromper. Ce qui est plus grave c'est qu'une conscience artificielle peut être dotée de moyens d'actions hors norme, tant dans sa vitesse de réflexion qu'au niveau de ses capacités de mémoire. Comment alors réussir à se prémunir des « erreurs » qu'elle peut faire ? Comment être sûrs que nous ne sommes pas manipulés ? Sommes-nous prêts à laisser à des consciences artificielles la gestion du Monde, un peu à la manière dont les classes défavorisées subissent les décisions économiques des nantis ? Ma crainte c'est que nous n'ayons plus aujourd'hui d'autres choix ! C'est la fuite en avant « technologique » avec ses risques et ses succès.

L'alternative serait un changement des mentalités de chaque individu de cette planète. Ce changement pourrait être initié par la connaissance nouvelle de ce que nous sommes, de ce que nous ne sommes pas et de ce que nous faisons réellement sur cette Terre. Ce livre peut-il être à l'origine de ce changement des mentalités ?


Notes de bas de page

39. Pixel : c'est un point de l'image. Les écrans d'ordinateurs affichent classiquement avec une résolution de 1024 x 780 px en 2010.
40. c'est le taux de rafraichissement nécessaire pour avoir l'impression d'un film continu et pas d'une série d'images fixes
41. J. Paillard - (1987) L'ordinateur et le cerveau : un contraste saisissant, Bulletin de l'AFCET, INTERFACES, 57, pp 4-9.
42. Dans une de ses multiples formulations, la loi de Moore (co-fondateur d'Intel) affirme que la puissance des ordinateurs double tous les 18 mois. Notez que ce n’est pas une loi scientifique, mais une observation empirique sur l’évolution des composants, des transistors indépendants, puis des microprocesseurs.
43. Isaac Asimov, génial, prolifique et éclectique auteur, connu notamment pour ses livres de Science-Fiction comme le cycle des « Robots ». Il a écrit sur tout : la Bible, Shakespeare, l'Histoire des USA, les jeux de mots, la Science, etc. Si vous ne connaissez pas, vous avez beaucoup de chance : plus de 450 livres vous attendent !

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