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Parution août 2010 :

- Editions la Machotte
- ISBN : 978-2-919411-00-9
- 156 pages
- Prix public : 21,00 € (Acheter)
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16. Comment caresser avec brio ? (chapitre 16 du livre Conscience, Intelligence, Libre-Arbitre ?", C. Touzet, 2010)


Il y a deux objectifs à la caresse, soit l'apaisement, soit l'excitation. Celle qui demande le plus de connaissances est la première. Comme vous êtes désormais informé de l'organisation corticale (cf. §3), vous allez facilement comprendre les bases neuronales impliquées.

L'Homonculus est la représentation sur le cortex sensoriel du corps (fig. 3.4). Cette représentation respecte la densité des capteurs, c'est pourquoi les régions très sensibles du corps (lèvres, doigts) occupent une plus grande surface corticale que les régions moins sensibles (dos, jambe). De plus, la représentation corticale respecte la continuité : ce qui est voisin au niveau du corps est voisin au niveau du cortex.

Depuis les travaux de W. Penfield en 1950, qui a découvert la représentation corticale du corps (Homonculus) à l'occasion d'opérations de neurochirurgie, nos connaissances ont progressé et permis de corriger quelques petites erreurs. Ainsi la représentation corticale des organes génitaux (pénis et clitoris) qu'il a cru complètement à part, sont en fait là où nous les attendons : entre le haut des cuisses et le bas du ventre. Seconde correction, la jonction (au niveau cortical) entre la face et le reste du corps a lieu entre les lèvres et le pouce – normal si l'on se rappelle que déjà dans le ventre de sa mère le fœtus suce souvent son pouce. Ces deux sensations sont donc associées très tôt. Il est normal qu'elles soient voisines au niveau du cortex.

La caresse est perçue comme apaisante lorsqu'elle réduit l'activation neuronale globale du cerveau. Le toucher attire l'attention (attention exogène) et stimule les neurones correspondant au niveau de l'Homonculus. Les neurones voisins sont activés en retour (attention endogène) et permettront une remontée d'information plus rapide – nous pouvons considérer l'attention endogène comme une prédiction. Si le toucher s'est déplacé et a effectivement atteint la région de la peau prévue, alors il y a synchronisation entre la prédiction et la perception. L'activation neuronale impliquée par la caresse s'arrête. Si la personne qui est caressée s'endort, c'est normal car le moment est propice : son cerveau traite moins d'information que d'habitude.

A chaque instant, le cerveau prédit que la prochaine région touchée sera une région voisine de celle actuellement caressée. Si votre caresse respecte cette prédiction, alors elle est apaisante. Pour bien faire, votre vitesse de déplacement sur le corps de votre partenaire doit tenir compte de la surface occupée au niveau du cortex. Le nombre de neurones représentant le pouce est équivalent à celui des neurones représentant le dos. Le nombre de neurones « voisins » est donc équivalent. La prédiction implique de passer par tous les voisins : il faut donc que vous mettiez autant de tant à caresser le pouce que ce que vous mettez à caresser le dos !

La caresse apaisante est celle qui respecte la prédiction réalisée par le cortex. Il y a quelques détails qui ne sont pas visibles sur l'Homonculus. Chaque côté du corps (droit et gauche) est connecté à l'hémisphère cérébral opposé (respectivement gauche et droit). Ceci signifie que si votre caresse passe d'un côté à l'autre du corps, la stimulation neuronale change d'hémisphère. La continuité de la représentation corticale n'est pas respectée.

La caresse excitante est celle qui est destinée à « réveiller » le partenaire. Il s'agit donc de créer le plus possible d'excitations neuronales. Nous sommes aidés par la prédiction (attention endogène), qui place les neurones voisins (prédits) dans un état d'excitation préparatoire. Si nos caresses ne respectent pas continuité et vitesse, alors les neurones excités seront ceux où notre main est passée, auxquels il faut ajouter les neurones prédits.


Notes de bas de page

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