Accueil

Parution août 2010 :

- Editions la Machotte
- ISBN : 978-2-919411-00-9
- 156 pages
- Prix public : 21,00 € (Acheter)
- Ressources complémentaires

Envoyez vos questions à :
Touzet (at) sciences-cognitives.org

Touzet

Mentions légales

   .   

<<< chapitre précédent

chapitre suivant >>>

14. L'amour, c'est quoi ? (chapitre 14 du livre Conscience, Intelligence, Libre-Arbitre ?", C. Touzet, 2010)


Nous sommes la mémoire de notre environnement. Comment une mémoire peut-elle avoir des sentiments amoureux ? Répondre à cette question, c'est prendre une grande responsabilité. Doit-on oser démystifier et par conséquent démythifier l'Amour ?

L'Amour est considéré comme l'un des grands objectifs d'une vie d'homme. C'est une apothéose. L'Amour se différencie du mariage, ce n'est pas un contrat mais une émotion, un sentiment. Si nous y accordons autant d'attention, c'est que l'état amoureux est considéré comme très agréable et que la recherche du bonheur est un droit 26.

Pour un observateur, quelqu'un d'amoureux prête énormément d'attention à l'objet aimé. Il le regarde, l'écoute, se rappelle ce qu'il dit ou fait. Il envisage le futur à ses côtés, acquiesce aux désirs de l'autre et met une sourdine à ses propres envies. Il essaye de devancer ses besoins et cherche par tous les moyens de rendre la vie de l'autre plus agréable (ce qui inclut le sexe).

La personne qui se livre à ce type de comportements est-elle réellement amoureuse ? En tant qu'observateur, nous n'en savons rien. Parfois, la différence de niveau des comptes en banque respectifs nous laisse croire à la vénalité d'un des deux protagonistes... Toujours est-il que l'inverse – une personne qui ne fait pas attention à l'autre – définit l'absence d'amour.

Le chapitre sur l'attention exogène (cf. §7) nous a expliqué pourquoi et comment une situation extra-ordinaire, ou imprévisible, attire irrémédiablement notre attention. Parmi toutes les personnes que je croise, je vais faire attention à celles qui me surprennent parce qu'elles ne font pas partie de mon quotidien. Mais dans le même temps, cette situation (la personne rencontrée), qui est parvenue au plus haut niveau de mes cartes corticales, doit entrer en résonance avec mon vécu – de la même façon qu'un trait d'intelligence exprime la découverte de nouveaux liens entre deux objets jusqu'alors séparés (cf. §11). En effet, s'il n'y a pas synergie et baisse concomitante de l'activation neuronale, alors la personne rencontrée est effectivement un étranger sans autre intérêt pour nous.

Si la rencontre d'une personne nouvelle se solde par un « Wow ! », alors ce que vous voyez en elle résonne avec des choses que vous avez mémorisées dans le passé. Cela s'appelle un « coup de foudre ».

Coup de foudre

Les coups de foudre sont prévisibles pour qui connait votre histoire. Ils impliquent une personne qui n'appartient pas à votre quotidien. Par exemple, les grandes blondes flashent sur les hommes petits et bruns – plutôt rares au pays des Vikings. Ils impliquent aussi une personne dont certains aspects rappellent ceux de votre quotidien, puisqu'il doit y avoir résonance avec votre vécu. Un conseil pour les dragueurs : avoir l'air différent tout en étant classique !

Il est facile de comprendre comment une personne peut avoir l'air différente de toutes autres : look, allure, taille, couleur, manières, etc. Il est tout aussi facile de comprendre pourquoi une personne résonne en nous et pas les autres : la voix me rappelle... la couleur de ses cheveux est la même que... son sourire m'évoque...

Une mémoire peut donc avoir un coup de foudre. Comment faire maintenant pour qu'elle montre un comportement amoureux ? Facile : votre « coup de foudre » obtient de fait votre attention, et comme l'activation neuronale que génère sa « différence » est en permanence réduite par son adéquation avec votre « attente », le processus se renforce. Plus je fais attention à l'autre et plus je me sens bien ! Vous voyez l'autre de plus en plus souvent, et donc de plus en plus de vos neurones sont partie-prenante de situations (souvenirs) qui l'impliquent. Bientôt, je pense continuellement à l'autre, qu'il soit présent ou absent. En effet, les neurones associés à des souvenirs l'impliquant sont nombreux et ils ont besoin de s'activer de temps à autre. Lorsqu'ils le font, ce sont des souvenirs liés à l'autre qui surgissent à ma conscience (plus exactement, que je verbalise – cf. §9).

Évidemment, en pensant ou vivant continuellement avec l'autre, je vis de très nombreuses situations l'impliquant. Ces situations modifient certaines de mes cartes corticales, qui deviennent très précises dès lors qu'il s'agit d'analyser l'autre. Avant n'importe qui, je saurai s'il/elle va bien ou pas. Je saurai mieux que quiconque, ce qui lui plaît ou ne lui plaît pas, etc. Ce genre de capacités nous permet d'être extra-ordinairement prévenant avec l'autre, à un niveau auquel il/elle ne peut pas être habitué(e). Nos actions entreront en synergie avec ses attentes. Il/elle y trouvera du plaisir, il/elle y fera attention, ce faisant il/elle fera plus encore attention à nous et l'amour que nous lui prodiguons nous sera donc rendu.

Il y a un risque associé à une telle fusion : en cas de disparition de l'autre, celui qui reste peut être sujet à une dépression réactionnelle (cf. §19).


Notes de bas de page

26. inscrit (par exemple) dans la Déclaration d'indépendance des USA, 4 juillet 1776. « Tous les Hommes sont créés égaux, ils sont dotés par le Créateur de certains droits inaliénables ; parmi ces droits se trouvent la vie, la liberté et le recherche du bonheur. »

<<< chapitre précédent

chapitre suivant >>>