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Parution août 2010 :

- Editions la Machotte
- ISBN : 978-2-919411-00-9
- 156 pages
- Prix public : 21,00 € (Acheter)
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11. L'intelligence existe t-elle ? (chapitre 11 du livre Conscience, Intelligence, Libre-Arbitre ?", C. Touzet, 2010)


A quel moment nous exclamons-nous : « Wow ! Ça c'est intelligent ! » ? Ceci nous arrive de temps à autre, lorsque nous apprenons quelque chose de nouveau, comme une relation entre deux concepts que nous n'avions pas imaginée jusqu'alors. Si nous partageons ce moment avec quelqu'un d'autre, il peut être en total désaccord avec nous, soit qu'il n'ait rien compris, soit qu'il le sache déjà depuis longtemps. En bref, nous faisons preuve d' « intelligence » en fonction du niveau de connaissance de l'observateur. Nous ne sommes pas intrinsèquement intelligent ou idiot !

Impossible alors d'acheter un kilo d'intelligence de plus afin de briller en société. Par contre, si vous choisissez de frayer avec des individus ignares dans votre domaine de compétence, il y a de bonnes chances pour que vous soyez qualifié d' « intelligent ». Comme le dit si bien le dicton : « au pays des aveugles, les borgnes sont rois ».

Vouloir paraître « intelligent » est louable. Pour ce faire, il faut faire découvrir une nouvelle relation entre deux objets à votre interlocuteur, relation qu'il ne connaissait pas, mais qu'il comprendra et admettra. Vos connaissances sur le sujet doivent être plus détaillées, plus nombreuses et plus précises que les siennes. Sachant où vous voulez en venir (lien entre deux objets), et d'où vous partez (estimation de ses connaissances sur le sujet), il est facile de calculer un chemin sur votre carte des « connaissances ». Selon ses connaissances, vous décidez si vous devez passer par chacune des situations intermédiaires (connaissances intermédiaires) ou si vous pouvez en sauter quelques unes, voire la plupart. A chaque instant, vous vérifiez si la situation intermédiaire est atteinte (si la connaissance est acquise). Si ce n'est pas le cas, il vous faut recommencer, affiner, détailler...

Ce processus n'est pas sans rappeler la réalisation d'un comportement à partir de la définition d'un but (cf. §6). C'est normal, c'est le même processus. Dans un cas, les situations sont celles du Monde extérieur perçues par vos capteurs ; dans l'autre cas, il s'agit de situations du monde des connaissances extrapolées à partir des informations que vous envoie votre interlocuteur (ses mimiques, ses questions, etc.).

La mise en relation des deux objets jusque-là indépendants passe par la création sur une carte de niveau supérieur d'un neurone actif pour l'un et l'autre objet en même temps (fig. 11.1). A l'avenir, l'activation de l'un des neurones (objet 1) activera automatiquement l'autre neurone (objet 2). La découverte de la relation est un moment extra-ordinaire puisqu'il y a réduction de l'activation neuronale du fait de la synchronisation entre les activations générées par l'objet 1 et celles dues à l'objet 2. Cette réduction d'activation est une discontinuité dans notre fonctionnement neuronal qui automatiquement laisse place à la verbalisation, puisqu'il n'y a pas d'autres activités que celle du neurone codant la relation. Cette mise en relation est à la base des processus impliqués par le raisonnement et la logique (cf. §18).

Tests de QI

Ces tests mesurent uniquement ce que nous savons faire. Par définition, eu égard au fait que nous sommes une mémoire, si nous savons le faire c'est que nous l'avons déjà fait. Ces tests couvrent un large éventail de capacités « intellectuelles ». Les « jeunes » obtiennent de meilleurs scores que les personnes plus âgées, pourquoi ? Le cerveau vieillit, mais ce n'est pas la cause essentielle. Comme le cerveau est une mémoire, il est représentatif de notre expérience, notre vécu :

Dans le cas des « jeunes » cette expérience est très limitée. Ne sachant rien faire de précis (ils sont encore à l'école ou en sortent à peine), ils montrent un profil de performances moyen partout.

A l'inverse les « âgés » ont derrière eux une longue expérience, un métier dans lequel ils excellent. Dans les domaines liés à leur métier (ou à leur hobby), ils sont excellents – par contre dans tous les autres domaines, leurs performances sont mauvaises.

Plutôt que « bonne » et « mauvaise », il est plus utile de considérer leurs performances selon le critère de l'utilité par rapport à leur vie quotidienne. Dans ce cas, les « âgés » montrent des performances optimales : doués dans ce qu'ils font tous les jours, mauvais dans ce qu'ils ne font jamais. Avec cet éclairage, les « jeunes » – moyens partout – ne sont adaptés à rien de particulier (mais heureusement capables d'apprendre). En bref, plus votre QI est élevé, plus vous êtes jeune et incapable (pour ceux qui n'y verraient pas une pointe d'humour, rendez-vous au §13).

Faciliter les éclairs de génie

Le stress (cf. §19) induit une libération d'Adrénaline qui a pour effet de faciliter l'activation des neurones et donc augmente le nombre de neurones impliqués à un instant donné. C'est l'occasion de découvrir de nouvelles relations entre divers éléments.

Figure 11.1 – Un trait d'intelligence : une relation s'établit (b) entre deux objets jusqu'à lors dissociés (a). Le niveau d'activité générale diminue, et induit la verbalisation.


Notes de bas de page

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