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Parution août 2010 :
livre de C.Touzet aux éditions la Machotte
- Editions la Machotte
- ISBN : 978-2-919411-00-9
- 156 pages
- Prix public : 21,00 € (Acheter)
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Touzet

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Préambule (du livre Conscience, Intelligence, Libre-Arbitre ?", C. Touzet, 2010)


Gerald Edelman1 (Prix Nobel de Médecine 1972), John Eccles2 (prix Nobel de Médecine 1963) et de nombreux autres scientifiques réputés3 ont tenté de répondre à la question : « Comment fonctionne notre cerveau ? ». Ce qui revient à répondre à la question : « Qui sommes-nous ? » ou « Qu'est-ce la conscience ? ».

Comme ils n'avaient pas la réponse à ces questions, mais qu'ils désiraient aider et apporter leur pierre à l'édifice de la connaissance, leurs livres - bien que destinés au grand public - sont d'un haut niveau d'érudition et de précision scientifiques. A défaut d'une vision claire, ils disposaient d'une connaissance quasi-exhaustive des savoirs disponibles, qu'ils souhaitaient rendre intelligibles et compréhensibles afin de paver la voie pour leurs successeurs.

C'est un désir louable et qui les honore et, grâce à eux, il est autorisé depuis les années 1990 de choisir comme sujet de recherches scientifiques la question de la « conscience » (suite notamment à l'arrivée de l'IRM fonctionnelle).

Depuis quelques années, on assiste à une convergence conceptuelle dans les approches des uns et des autres, que certains perçoivent comme un signe annonciateur de l’avènement d’une théorie « mature » de la conscience. Ce livre leur donne raison et répond que « nous sommes UNIQUEMENT la cristallisation de nos souvenirs ». Cette idée n'est pas nouvelle puisqu'elle remonte aux années 1960, et fut même l'idée dominante dans les années 1980. Elle est défendue par des philosophes réputés, tels que Paul Churchland4, sous le nom de « matérialisme éliminativiste ». Cette thèse prétend que conscience, libre-arbitre et intelligence sont des illusions, et que bien que nous ayons l'impression que ces choses existent, cette impression est trompeuse. Le matérialisme éliminativiste est un courant du matérialisme, qui en compte bien d'autres (fonctionnalisme matérialiste, théorie du double-aspect, etc.), sachant que l'idée philosophique du matérialisme s'oppose au dualisme qui compte quelques défenseurs de renom. En résumé, les philosophes - qui ont la charge de proposer des théories relatives au fonctionnement de l'Univers - n'ont jamais été à court d'hypothèses. Ils ont (à mon humble avis) déjà tout proposé, et son contraire aussi.

Ce qui leur fait défaut, ce ne sont pas les idées, mais les preuves : les moyens de choisir parmi les hypothèses proposées. La Théorie neuronale de la Cognition (TnC) décrit ici pour la première fois comment un assemblage de neurones peut s'organiser pour que son propriétaire montre des comportements typiquement humains comme intelligence, langage, lecture, émotions, amour, humour, peur et bonheur. Il n'est pas certain que nous fonctionnions ainsi, ou même que l'hypothèse du matérialisme éliminativiste soit la bonne – mais à l'heure actuelle, c'est la meilleure que nous ayons car la TnC est la seule qui explique avec tous les détails comment construire un artefact cognitif (une « conscience artificielle »).

Une théorie, qui ambitionne d'expliquer « ce que nous sommes », doit être dotée d'un grand pouvoir explicatif. Cette théorie doit pouvoir répondre à toutes les questions que nous nous posons, pas seulement les questions « scientifiques », mais aussi les questions « banales ». De fait, chaque chapitre de ce livre est présenté comme la réponse à une question. Certaines questions sont scientifiquement importantes, d'autres peuvent paraître puériles.

Il n'y a pas de questions puériles ou idiotes ou interdites, il n'y a que des préjugés vis à vis de la Science, de ce qui est « bien », « beau » et « noble » et de ce qui ne l'est pas ! A mon avis, toute question est légitime et les réponses apportées par la TnC démontrent l'étendue de son pouvoir explicatif – un argument crucial lorsque l'on doit mesurer la validité d'une théorie.

Last but not least (comme diraient nos amis Grands Bretons), la TnC en est à ses balbutiements. Il est du ressort de chacun, à commencer par les chercheurs, de se l'approprier et de reconsidérer son domaine de recherche avec cet éclairage. Il n'y a pas de théorie ultime, il n'y a que des paliers dans la quête de connaissance. Notre quête a duré longtemps, mais très bientôt nous allons pouvoir moissonner. Dans les années qui viennent, la Science fera un bond en avant significatif, au minimum dans les domaines de la compréhension et du traitement des maladies mentales, de l'acquisition des connaissances et de la pédagogie, du bonheur individuel et collectif.

1Gérald M. Edelman, Biologie de la conscience. O. Jacob, Paris, 2008, 368 p. ISBN: 978-2-7381-2071-7.

2John Eccles, Comment la conscience commande le cerveau, Fayard, 1997. ISBN : 978-2-2135-9766-9

3Je n'en citerai qu'un ici : Christof Koch (qui travaille avec son ami Francis Crick, Prix Nobel de Médecine en 1962) À la recherche de la conscience : une enquête neurobiologique. O. Jacob, Paris, 2006, 460 p. ISBN: 2-7381-1712-0.

4Churchland, P.M. (1992). A Neurocomputational Perspective: The Nature of Mind and the Structure of Science. Cambridge, MIT Press. ISBN 0-262-03151-5.

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